Pansexuel ou bisexuel : la différence, en une phrase et en détail
Photo : Lucas Werkmeister, CC BY 4.0
C’est la question la plus posée du site, et celle qui reçoit le plus de réponses fausses sur les réseaux. Je la prends dans l’ordre : la différence en une phrase, puis pourquoi ce n’est pas si simple, puis comment on choisit.
La différence en une phrase
Bisexuel décrit une attirance pour plus d’un genre. Pansexuel décrit une attirance dans laquelle le genre n’entre pas en ligne de compte. Dans le premier cas, le genre existe et il y en a plusieurs ; dans le second, il n’est pas un critère.
Autrement dit, un bi peut parfaitement dire « je suis attiré par les hommes et par les femmes, et pas de la même manière ». Un pan dira plutôt « le genre de la personne n’est pas une donnée qui joue dans mon attirance ».
Pourquoi c’est moins net que ça en a l’air
Parce que les deux définitions se recouvrent largement dans la pratique. Le préfixe « bi- » a longtemps été lu comme « deux genres », d’où l’idée, encore répandue, que bisexuel exclurait les personnes non binaires. Les associations bies le contestent depuis les années 1990 : leur définition de référence parle d’attirance pour « plus d’un genre », ce qui n’exclut personne.
Résultat : beaucoup de gens correspondent aux deux définitions et choisissent le mot dans lequel ils se reconnaissent, ou celui qui est compris autour d’eux. Deux personnes avec exactement le même vécu peuvent se dire l’une bie, l’autre pan, et aucune ne se trompe.
Les trois clichés qui collent aux deux
- « C’est une étape vers l’homosexualité. » Non. C’est une orientation stable chez la grande majorité des personnes concernées, et c’est précisément ce que la biphobie refuse d’admettre.
- « Donc tu es attiré par tout le monde. » Non plus. Un hétéro n’est pas attiré par toutes les femmes qu’il croise ; le raisonnement ne devient pas valable parce qu’on ajoute un genre.
- « Pan, c’est juste bi avec un mot plus récent. » Les deux mots ont une histoire différente — « bisexuel » est attesté dans son sens actuel depuis la fin du XIXe siècle, « pansexuel » s’est répandu dans les années 2010 — et chacun décrit une expérience que l’autre rend mal pour certaines personnes.
Mon avis, puisque la question est sensible : passer des heures à arbitrer entre les deux étiquettes est beaucoup moins utile qu’on ne le croit. Le seul enjeu réel, c’est que le mot que tu emploies te permette de te décrire sans avoir l’impression de mentir.
Ce que ça change concrètement
Dans les relations : pas grand-chose, sinon que les deux mots appellent les mêmes questions idiotes et méritent les mêmes réponses courtes. Dans la santé : rien de spécifique, les recommandations se font sur les pratiques et pas sur l’étiquette — c’est pour ça que la santé publique parle de « HSH », hommes ayant des rapports avec des hommes, plutôt que de gays et de bis. Le dépistage et la PrEP suivent cette logique.
Dans le quotidien, la vraie difficulté des personnes bies et pans n’est pas le vocabulaire : c’est l’effacement. En couple avec une femme, on te croit hétéro ; en couple avec un homme, on te croit gay. Il faut recommencer à chaque fois, ce qui relève exactement du mécanisme décrit dans l’article sur le coming out répété.
Comment choisir
Essaie les deux, mentalement, puis à voix haute avec quelqu’un en qui tu as confiance. Celui qui te met mal à l’aise n’est pas le bon. Et tu as le droit d’en changer : une identité n’est pas un contrat. Les autres mots disponibles — démisexuel, queer, et le reste — sont dans le lexique, et si la question qui t’occupe porte en réalité sur le genre et non sur l’attirance, c’est par là.
Enfin, si tu n’as encore de mot pour rien et que tout ça te semble prématuré, c’est normal : le point de départ est ici, et le dossier complet là.
Ce qu'on me demande sur la bisexualité et la pansexualité
Quelle est la différence entre bisexuel et pansexuel ?
Bisexuel décrit une attirance pour plus d'un genre ; pansexuel décrit une attirance où le genre n'entre pas en ligne de compte. Les deux définitions se recouvrent largement, et beaucoup de gens correspondent aux deux.
La bisexualité exclut-elle les personnes non binaires ?
Non. La définition de référence des associations bies parle d'attirance pour « plus d'un genre », pas pour « deux genres ». La lecture restrictive du préfixe « bi- » est contestée par les concernés depuis les années 1990.
La bisexualité est-elle une étape vers l'homosexualité ?
Non. C'est une orientation stable chez la grande majorité des personnes concernées. L'idée inverse est l'un des ressorts principaux de la biphobie, et elle conduit à ne pas prendre au sérieux ce que les gens disent d'eux-mêmes.
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