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Intersexuation : ce que c’est, ce que ça n’est pas, et ce que dit la loi

Drapeau Progress Pride incluant le symbole intersexe, accroché dans une rue de Cardiff

Photo : OwenBlacker, CC BY-SA 4.0

C’est le sujet du site sur lequel je suis le moins légitime, et celui où les contresens sont les plus fréquents. Je m’en tiens donc à ce qui est documenté : les définitions, les chiffres, le débat médical et le droit français. Pour le vécu, les associations de personnes concernées — le Collectif intersexes et allié.e.s en France — sont la source, pas moi.

De quoi on parle

L’intersexuation désigne le fait de naître avec des caractéristiques sexuelles — chromosomes, gonades, hormones, anatomie — qui ne correspondent pas aux définitions types du masculin ou du féminin. Le vocabulaire médical parle de « variations du développement sexuel » ; les personnes concernées préfèrent majoritairement « intersexe » ou « personne intersexuée », et récusent le terme ancien d’« hermaphrodisme », impropre sur le plan biologique.

Trois précisions qui évitent l’essentiel des malentendus :

  • Ce n’est pas une orientation sexuelle : une personne intersexe peut être hétéro, gay, bi.
  • Ce n’est pas une identité de genre : la plupart des personnes intersexes se reconnaissent dans le genre qui leur a été assigné, d’autres non, comme dans le reste de la population. À ne pas confondre avec la non-binarité.
  • Ce n’est pas une maladie en soi, même si certaines variations s’accompagnent de problèmes de santé qui, eux, se soignent.

Les chiffres, et pourquoi ils varient autant

On lit « 1,7 % des naissances » et on lit « 1 sur 4 500 ». Les deux sont exacts : ils ne mesurent pas la même chose. Le chiffre large, popularisé par les travaux de la biologiste Anne Fausto-Sterling, additionne toutes les variations, y compris celles qui ne se manifestent qu’à la puberté ou jamais. Le chiffre étroit compte les situations où le sexe n’est pas assignable d’emblée à la naissance. Entre les deux, tout dépend de ce qu’on inclut — et c’est une des raisons pour lesquelles le débat public est si confus.

Le cœur du débat : les opérations précoces

Pendant des décennies, la pratique médicale dominante a consisté à opérer les nourrissons pour « normaliser » l’apparence génitale, souvent dans les premiers mois, avec des suites lourdes : interventions répétées, traitements hormonaux à vie, pertes de sensibilité, et dans certains cas une assignation qui ne correspondait pas à l’identité future de l’enfant.

Les associations de personnes intersexes demandent depuis les années 1990 l’arrêt de ces actes quand ils ne répondent pas à une urgence vitale, au nom d’un principe simple : attendre que l’intéressé puisse consentir. Plusieurs instances internationales des droits humains ont repris cette position. C’est aussi la mienne, et c’est l’un des rares sujets du site où je prends parti sans nuance.

Ce que la loi française prévoit

La loi de bioéthique du 2 août 2021 a encadré la prise en charge : les enfants présentant une variation du développement génital doivent être suivis par des centres de référence pluridisciplinaires, l’information des parents est renforcée, et le consentement de l’enfant doit être recherché systématiquement s’il est apte à exprimer sa volonté. Les associations jugent le texte insuffisant, parce qu’il n’interdit pas explicitement les actes non vitaux sur un enfant qui ne peut pas consentir.

Sur l’état civil, un délai de trois ans est possible pour déclarer le sexe lorsqu’il n’est pas déterminable à la naissance. En revanche, aucune troisième case n’existe : la Cour de cassation l’a refusé par son arrêt du 4 mai 2017, rendu précisément dans le dossier d’une personne intersexe.

Pourquoi ce sujet est dans un site sur les jeunes gays

Parce que le « I » de LGBTQIA+ est celui qu’on explique le moins, et parce que les personnes intersexes sont régulièrement convoquées dans les débats sur le genre sans qu’on leur demande leur avis. Les connaître évite au moins de participer à ça.

Pour aller plus loin : le dossier identité, et les associations, dont celles qui accompagnent spécifiquement les personnes intersexes et leurs familles.

Ce qu'on me demande sur l'intersexuation

Qu'est-ce qu'une personne intersexe ?

Une personne née avec des caractéristiques sexuelles — chromosomes, gonades, hormones ou anatomie — qui ne correspondent pas aux définitions types du masculin ou du féminin. Ce n'est ni une orientation sexuelle, ni une identité de genre, ni une maladie en soi.

Combien de personnes sont intersexes ?

Entre 1,7 % des naissances et 1 sur 4 500 selon ce qu'on compte. Le chiffre large inclut toutes les variations, y compris celles qui n'apparaissent qu'à la puberté ; le chiffre étroit ne compte que les cas où le sexe n'est pas assignable à la naissance.

Les opérations sur les bébés intersexes sont-elles interdites en France ?

Non. La loi de bioéthique du 2 août 2021 impose un suivi par des centres de référence et la recherche du consentement de l'enfant s'il peut s'exprimer, mais n'interdit pas explicitement les actes non vitaux. Les associations réclament cette interdiction.

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