Comment savoir si on est gay : ce qui aide vraiment, et ce qui ne sert à rien
Photo : Jérémie Silvestro, CC BY-SA 4.0
J’ai tapé cette question dans un moteur de recherche à 16 ans, dans la navigation privée, un dimanche soir. Je suis tombé sur un test en douze questions. J’ai eu « probablement bisexuel », j’ai refait le test en changeant deux réponses, j’ai eu « hétéro curieux ». J’ai fermé l’onglet et je n’ai rien appris. Neuf ans plus tard, voici l’article que j’aurais voulu trouver à la place.
Pourquoi les tests ne marchent pas
Ces questionnaires mesurent des conformités de genre, pas des attirances. Aimer la mode, détester le foot, avoir surtout des amies filles : ce sont des traits qui se répartissent dans toute la population et qui ne prédisent rien. À l’inverse, des milliers de mecs gays jouent au rugby, détestent les comédies musicales et ont une voix grave. Mon avis tranché, et il n’a pas bougé : ces tests sont la pire chose qu’on puisse lire à 16 ans, parce qu’ils enseignent qu’être gay ressemble à quelque chose.
Trois choses distinctes qu’on confond tout le temps
Ce qui m’a vraiment débloqué, c’est un vocabulaire précis. Il y a trois niveaux, et ils ne coïncident pas forcément.
- L’attirance : vers qui va ton désir, ce qui te traverse l’esprit sans que tu l’aies décidé. C’est involontaire.
- Le comportement : ce que tu as fait, ou pas fait. Il peut être en avance ou en retard sur l’attirance, selon les occasions et le courage.
- L’identité : le mot que tu choisis pour te décrire. Celui-là, tu le décides, et tu peux en changer.
Concrètement : on peut se dire gay sans avoir jamais embrassé un garçon, et avoir couché avec un garçon sans se dire gay. Les deux situations sont courantes et aucune n’est un mensonge. Le lexique LGBTQIA+ détaille les autres mots disponibles, parce que « gay ou hétéro » est un choix binaire que beaucoup de gens trouvent trop étroit.
Les questions qui servent à quelque chose
Il n’y a pas de test, mais il y a des questions honnêtes, à se poser seul et sans chronomètre :
- Quand tu imagines ta vie dans dix ans, qui est à côté de toi ? Pas « qui devrait », qui est.
- Quand tu regardes un film, à qui penses-tu encore le lendemain ?
- Est-ce que l’idée d’embrasser un garçon te fait peur parce que tu n’en as pas envie, ou parce que tu as peur des conséquences ? La distinction est énorme.
- Qu’est-ce qui changerait dans ta vie si c’était vrai — et qu’est-ce qui changerait si tu l’acceptais ?
La dernière est la plus utile. Beaucoup de gens ne cherchent pas la réponse : ils cherchent une autorisation.
Le temps, qui est le seul vrai outil
La plupart des gens que je connais ont mis entre deux et six ans entre « je crois que » et « je suis ». Ce n’est pas de l’indécision, c’est le temps normal qu’il faut pour que des informations s’accumulent. Rien ne t’oblige à trancher ce soir, et surtout pas pour rassurer quelqu’un d’autre.
Une seule chose se décide tôt : à qui tu en parles en premier. Presque toujours un ami plutôt qu’un parent, parce que l’enjeu est moindre et que l’entraînement compte. Le passage par la famille se prépare autrement, et j’y ai consacré un article entier.
Les pièges de cette période
Le premier, c’est la vérification par le passage à l’acte : aller vite avec quelqu’un pour « savoir ». Ça renseigne beaucoup moins qu’on ne croit, et ça se passe souvent mal quand l’autre a dix ans de plus et des intentions claires. Si tu vas sur les applis à ce moment-là, lis d’abord les règles de base — lieu public, quelqu’un qui sait où tu es.
Le deuxième, c’est l’isolement. Les enquêtes de santé publique sont constantes sur ce point : ce n’est pas l’orientation qui pèse sur le moral des jeunes, c’est la solitude et la vigilance permanente qu’elle impose. J’en parle ici, et si ça va mal ce soir, la Ligne Azur et Fil Santé Jeunes (0 800 235 236) écoutent gratuitement et anonymement.
Le troisième, c’est d’attendre une certitude à 100 %. Elle n’arrive jamais. Elle n’arrive pas non plus aux hétéros, qui ont simplement le confort de ne pas avoir à se poser la question.
Et la science, dans tout ça ?
Elle ne donne pas de test non plus. La plus grande étude génétique sur le sujet, publiée dans Science le 30 août 2019 sur près de 470 000 personnes, a conclu qu’il n’existe pas de « gène gay » : des milliers de variants interviennent, chacun avec un effet minuscule, et ils n’expliquent ensemble qu’une petite part de la variation. Autrement dit, personne ne peut te le dire à ta place — et c’est aussi ce qui rend absurde l’idée de repérer ça chez un enfant.
Ma limite
Je parle de l’attirance pour les mecs quand on est un mec, parce que c’est mon expérience. Si ta question porte sur ton genre plutôt que sur ton orientation — « est-ce que je suis vraiment un garçon ? » —, c’est une autre question, avec d’autres réponses, et le point de départ est ici. Les deux se confondent souvent au début, et les démêler fait déjà gagner des mois.
Les questions qu'on se pose à ce moment-là
Existe-t-il un test fiable pour savoir si on est gay ?
Non. Les tests en ligne mesurent des conformités de genre — goûts, loisirs, manières — qui ne prédisent rien d'une attirance. Aucun questionnaire ne tranche à ta place, et aucun professionnel sérieux n'en propose.
Peut-on être gay sans avoir eu d'expérience ?
Oui. L'attirance, le comportement et l'identité sont trois choses distinctes : on peut se dire gay sans avoir jamais embrassé un garçon, exactement comme un hétéro de 17 ans sans expérience ne doute pas de son orientation.
Combien de temps faut-il pour en être sûr ?
Souvent deux à six ans entre le premier doute et le mot qu'on s'applique. Ce n'est pas de l'indécision : c'est le temps qu'il faut pour que les informations s'accumulent. Rien ne t'oblige à trancher à une date donnée.
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