Films et séries LGBT : quinze titres, et à qui je les conseille
Photo : Efca Prod, CC BY-SA 3.0
Un film vu seul un dimanche après-midi m’a fait comprendre, à 17 ans, qu’il y avait eu des gens avant moi — bien plus efficacement que les pages d’histoire que je cherchais dans les dates et les lois. C’était 120 battements par minute, et je n’étais pas préparé. Voici une sélection commentée, organisée par ce que chaque titre apporte, pas par classement.
Pour comprendre d’où on vient
120 battements par minute (Robin Campillo, 2017, Grand Prix à Cannes). Act Up-Paris au début des années 1990, les réunions hebdomadaires, les actions, et la mort qui avance. C’est le film le plus important du cinéma français sur le sujet, et le seul qui montre une communauté en train de s’organiser plutôt que des individus isolés.
Les Nuits fauves (Cyril Collard, 1992, César du meilleur film 1993). Brutal, daté par endroits, et irremplaçable : c’est un document de première main sur les années sida, réalisé par quelqu’un qui est mort trois jours avant la cérémonie.
Paris Is Burning (Jennie Livingston, 1990). Les bals de la scène ballroom new-yorkaise, les maisons, le vogue. Sans ce documentaire, une grande partie du vocabulaire queer contemporain est incompréhensible.
Pose (série, 2018-2021). La même scène, en fiction, portée par un casting de comédiennes trans. Plus accessible que Paris Is Burning et tout aussi informé.
It’s a Sin (Russell T Davies, 2021). Londres, 1981-1991. Cinq épisodes, une génération. Prévois de ne rien avoir à faire après.
Pour la construction de soi
Moonlight (Barry Jenkins, 2016, Oscar du meilleur film). Trois âges d’un même garçon, à Miami. Sur la façon dont on apprend à cacher, c’est ce qui a été fait de mieux.
Close (Lukas Dhont, 2022, Grand Prix à Cannes). Deux garçons de treize ans, et le moment exact où le regard des autres entre dans une amitié. Le film le plus dur de la liste, et celui qui décrit le mieux ce qui se passe en 5e.
Le Lycéen (Christophe Honoré, 2022). Un adolescent, le deuil, la province. Rare et juste sur le fait d’être ado et gay hors de Paris, sujet que je traite aussi ici.
Été 85 (François Ozon, 2020). Un premier amour d’été en Normandie, avec la mélancolie d’Ozon. Moins ambitieux que les précédents, très efficace.
Pour se détendre, enfin
Heartstopper (série, depuis 2022). Deux lycéens anglais, et aucun drame homophobe majeur. C’est exactement ce qui la rend importante : c’est la première série qu’un ado peut regarder sans se projeter dans une catastrophe. Si tu as un petit frère ou une petite sœur, c’est celle-là.
Young Royals (série suédoise, 2021-2024). Internat, famille royale, histoire d’amour. Plus tendue que Heartstopper, très bien écrite.
Call Me by Your Name (Luca Guadagnino, 2017). L’Italie, l’été, la lenteur. Le film le plus consensuel de la liste ; il mérite son succès, et le monologue du père vaut à lui seul le visionnage.
Du côté des femmes
Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019). Bretagne, XVIIIe siècle, deux femmes et un regard. Formellement le plus beau film français de cette liste.
Carol (Todd Haynes, 2015). New York, 1952, d’après Patricia Highsmith. Un classique.
La Vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013, Palme d’or). Incontournable et très discuté, y compris par ses actrices et par l’autrice de la bande dessinée d’origine. À voir en connaissant la controverse.
Mon avis tranché : le problème des fins
La fiction LGBT, française en particulier, a longtemps eu un biais massif pour la fin tragique — mort, séparation, retour dans le rang. Le phénomène a même un nom côté séries américaines, bury your gays, et il a été documenté statistiquement. Ce n’est pas qu’une question de goût : quand les seules histoires disponibles finissent mal, elles enseignent quelque chose à qui a seize ans.
C’est pour cette raison que je place Heartstopper dans la même liste que 120 BPM, alors que les deux œuvres ne jouent pas dans la même catégorie. Une génération a besoin des deux, et la mienne s’est formée presque uniquement sur la première colonne.
Où les voir
Les plateformes changent tous les six mois, donc je ne donne pas de liste qui sera fausse dans un an. Ce qui ne change pas : les médiathèques municipales prêtent gratuitement une grande partie de ces titres, les festivals LGBT — Chéries-Chéris à Paris, et une quinzaine d’autres en région — les programment chaque année, et les associations organisent des projections suivies de discussions, qui sont souvent meilleures que le film. Le reste du dossier culture est ici.
Ce qu'on me demande sur les films
Quels films LGBT regarder en premier ?
120 battements par minute (2017) pour l'histoire d'Act Up en France, Moonlight (2016) pour la construction de soi, et Heartstopper (2022) pour une série qu'on peut regarder adolescent sans drame. Ces trois titres couvrent des registres très différents.
Qu'est-ce que le phénomène « bury your gays » ?
Le biais massif de la fiction pour les fins tragiques réservées aux personnages LGBT — mort, séparation, retour dans le rang. Il a été documenté statistiquement dans les séries américaines, et il a longtemps marqué le cinéma français.
Où voir des films LGBT gratuitement ?
Dans les médiathèques municipales, qui prêtent une grande partie de ces titres, et lors des projections organisées par les associations locales. Les festivals LGBT, comme Chéries-Chéris à Paris, en programment chaque année.
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