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Turquie : pas de loi qui condamne, mais une Pride interdite depuis 2015

Actu et droits LGBT : ce qui change, en France et ailleurs

Photo : Silar, CC BY-SA 4.0

La Turquie est le cas qui dérange les classements. L’homosexualité n’y a jamais été pénalisée — elle est légale depuis le code pénal ottoman de 1858, bien avant beaucoup de pays européens. Et pourtant, c’est l’un des endroits d’Europe où il est aujourd’hui le plus difficile de se montrer.

Le paradoxe en deux phrases

Aucun texte ne punit les relations entre personnes de même sexe. Aucun texte ne les protège non plus : l’orientation sexuelle et l’identité de genre ne figurent pas parmi les motifs de discrimination interdits, il n’existe aucune reconnaissance des couples, et les crimes de haine ne sont pas aggravés à ce titre.

Le résultat est que la répression ne passe pas par le droit pénal de fond, mais par le droit de l’ordre public : interdictions de rassemblement, dispersions, poursuites pour « participation à une manifestation non autorisée » ou « résistance à agent ».

La Pride d’Istanbul, de 100 000 personnes à zéro

C’est l’indicateur le plus parlant. La marche des fiertés d’Istanbul a réuni jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de personnes au début des années 2010 — c’était la plus grande du monde musulman. Elle est interdite depuis 2015, chaque année, au motif de la sécurité et de l’ordre public.

Les rassemblements ont lieu quand même, en petits groupes et en mouvement, et ils se terminent par des interpellations : plus de 300 personnes en juin 2022, des dizaines les années suivantes. La plupart sont relâchées dans la journée, ce qui ne les empêche pas d’avoir un casier ouvert et, pour les étudiants, des procédures disciplinaires.

Le climat politique

Le discours officiel s’est durci depuis 2021, avec des références répétées aux « mouvements LGBT » comme menace pour la famille, y compris au plus haut niveau de l’État, et des mobilisations publiques organisées sur ce thème. En octobre 2025, Amnesty International a rendu publiques des propositions de modification du code pénal, obtenues par fuite, qui criminaliseraient des comportements liés à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, ainsi que leur « promotion ».

Précision importante, et c’est le genre de nuance que les articles pressés sautent : ces propositions n’étaient pas adoptées à ma dernière vérification. Elles indiquent une direction, pas un état du droit. Je mets cet article à jour quand le Parlement se prononce.

Ce que ça veut dire au quotidien

Pour les Turcs concernés : une vie largement privée, des associations qui travaillent sous pression permanente, et un exil fréquent pour les plus exposés, notamment les personnes trans et les militants identifiés. Les associations turques restent actives et documentent les faits année après année, ce qui demande un courage considérable.

Pour un voyageur français : il n’y a pas de risque pénal lié à l’orientation, mais une discrétion réelle est de mise hors de certains quartiers d’Istanbul, d’Izmir ou d’Ankara, et il vaut mieux éviter les dates de marche si l’on ne souhaite pas croiser un dispositif policier. Les conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères sont la référence à consulter avant de partir.

Pourquoi ce cas est instructif

Parce qu’il démontre une chose qu’on oublie en France : la dépénalisation ne suffit pas. Un pays peut n’avoir aucun article de loi contre les homosexuels et rendre leur vie publique impossible, simplement en refusant les autorisations de rassemblement et en ne les protégeant de rien.

C’est l’inverse exact de la situation russe, où la répression est explicitement pénale, et un cousin de la méthode administrative italienne. Les trois modèles valent la peine d’être connus, ne serait-ce que pour savoir ce qu’on regarde quand on parle de droits en France. Le reste de l’actu internationale est ici.

Ce qu'on me demande sur la Turquie

L'homosexualité est-elle illégale en Turquie ?

Non. Elle n'a jamais été pénalisée, depuis le code pénal ottoman de 1858. Mais aucun texte ne protège contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, et aucune reconnaissance des couples n'existe.

La Marche des fiertés d'Istanbul est-elle interdite ?

Oui, chaque année depuis 2015, au motif de l'ordre public. Des rassemblements ont lieu malgré tout, suivis d'interpellations : plus de 300 personnes en juin 2022, des dizaines les années suivantes, le plus souvent relâchées dans la journée.

La Turquie va-t-elle criminaliser l'homosexualité ?

Des propositions de modification du code pénal en ce sens ont été rendues publiques par Amnesty International en octobre 2025, à la suite d'une fuite. Elles n'étaient pas adoptées à la dernière vérification : elles indiquent une direction, pas un état du droit.

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