Italie : quatre ans de Meloni, et ce qui a réellement changé pour les familles homoparentales
Photo : Silar, CC BY-SA 4.0
L’Italie est le pays d’Europe de l’Ouest où la situation des familles homoparentales s’est le plus dégradée ces dernières années, et c’est aussi celui où elle s’est partiellement rétablie par la voie judiciaire. Les deux mouvements méritent d’être racontés ensemble, parce que l’un explique l’autre.
Le point de départ
Giorgia Meloni est présidente du Conseil depuis le 22 octobre 2022, à la tête d’une coalition dominée par Fratelli d’Italia. L’Italie n’a jamais ouvert le mariage aux couples de même sexe : elle a institué en 2016 des unions civiles qui excluent explicitement l’adoption de l’enfant du partenaire. Les familles homoparentales existaient donc dans une zone grise, que certaines mairies avaient comblée en inscrivant les deux parents sur les actes de naissance.
Ce que le gouvernement a fait
Janvier 2023 : la circulaire aux mairies. Le ministère de l’Intérieur demande aux communes de cesser la transcription automatique des actes de naissance étrangers mentionnant deux parents de même sexe. Milan, qui le pratiquait, s’arrête. Des familles constituées depuis des années se retrouvent avec un seul parent légal.
Juin 2023 : Padoue. Le parquet de Padoue demande l’annulation rétroactive des actes de naissance d’une trentaine d’enfants de couples de femmes, enregistrés depuis 2017 par la maire de la ville. Des enfants de six ans perdent juridiquement une de leurs mères. C’est l’épisode qui a fait connaître le dossier hors d’Italie.
Octobre 2024 : la GPA « crime universel ». Le Parlement adopte un texte qui étend la pénalisation de la gestation pour autrui aux Italiens y ayant recours à l’étranger, y compris dans des pays où elle est légale. L’adoption définitive au Sénat date du 16 octobre 2024. La GPA était déjà interdite en Italie depuis 2004 ; la nouveauté est l’extraterritorialité, avec des peines de prison et de fortes amendes.
À quoi s’ajoute le blocage, par l’Italie, du projet européen de certificat de filiation destiné à faire reconnaître dans toute l’Union la parentalité établie dans un État membre.
Le revers : la Cour constitutionnelle
Le 22 mai 2025, la Cour constitutionnelle italienne rend une décision qui change la donne pour une partie de ces familles. Saisie par le tribunal de Lucques, elle juge illégitime d’empêcher la « mère d’intention » — celle qui a partagé le projet de PMA sans porter l’enfant — de reconnaître l’enfant né en Italie d’une procréation médicalement assistée réalisée à l’étranger. La Cour fonde sa décision sur l’intérêt de l’enfant et sur les articles 2, 3 et 30 de la Constitution.
Conséquence concrète : la seconde mère n’a plus à passer par une procédure d’adoption longue et incertaine pour exister juridiquement, ce qui lève des difficultés quotidiennes — emmener l’enfant chez le médecin, le récupérer à l’école — et le risque de tout perdre en cas de séparation ou de décès.
Comment lire tout ça
Deux choses, et elles ne se contredisent pas. La première : une politique gouvernementale peut dégrader très vite une situation acquise par l’usage, sans changer une seule loi sur le mariage — il suffit d’une circulaire et de parquets zélés. La seconde : les juridictions constitutionnelles restent un contrepoids réel, et c’est par là que la plupart des avancées italiennes sont passées depuis dix ans.
Mon avis : ce qui frappe dans ce dossier n’est pas l’idéologie affichée, c’est la méthode. Aucun grand texte n’a été voté contre les couples de même sexe. Ce sont des actes administratifs et des poursuites ciblées qui ont produit l’essentiel de l’effet, et c’est beaucoup plus difficile à combattre qu’une loi.
Et ailleurs
Le mouvement n’est pas isolé en Europe, et il n’est pas univoque non plus. En Russie, la répression a franchi un seuil pénal : le « mouvement LGBT international » est classé extrémiste. En Turquie, les marches sont interdites depuis 2015. À l’inverse, le Japon avance par la voie des tribunaux. Le reste de l’actu internationale est ici, et le point français là.
Ce qu'on me demande sur l'Italie
Le mariage homosexuel est-il légal en Italie ?
Non. L'Italie a institué en 2016 des unions civiles pour les couples de même sexe, mais elles n'ouvrent ni le mariage ni l'adoption de l'enfant du partenaire. Aucun texte n'a ouvert le mariage depuis.
Qu'a changé le gouvernement Meloni pour les familles homoparentales ?
Une circulaire de janvier 2023 a demandé aux mairies de cesser de transcrire les actes de naissance mentionnant deux parents de même sexe, le parquet de Padoue a demandé l'annulation d'actes déjà enregistrés, et la GPA à l'étranger a été pénalisée en octobre 2024.
Qu'a décidé la Cour constitutionnelle italienne en 2025 ?
Le 22 mai 2025, elle a jugé illégitime d'empêcher la mère d'intention de reconnaître l'enfant né en Italie d'une PMA réalisée à l'étranger, au nom de l'intérêt de l'enfant. La seconde mère n'a donc plus à passer par une adoption.
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