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Non-binaire : définition, pronoms, et où en est le droit français

Identité et coming out : se comprendre, puis se dire

Photo : Jérémie Silvestro, CC BY-SA 4.0

Avant de commencer : je suis un mec cis. Ce que je peux faire ici, c’est expliquer clairement ce que le mot désigne, reprendre ce que disent les personnes concernées et les associations, et donner l’état exact du droit français. Je ne parle pas à leur place, et sur les questions de vécu, les ressources que je cite en fin d’article valent mieux que moi.

La définition

Est non-binaire une personne dont l’identité de genre ne se range pas entièrement dans « homme » ni entièrement dans « femme ». Cela recouvre des situations très différentes : se situer entre les deux, dans les deux, dans aucun des deux, ou varier dans le temps. Ce n’est pas une catégorie unique mais un terme parapluie.

Point essentiel, et c’est la confusion la plus fréquente : il s’agit d’identité de genre, pas d’orientation sexuelle. Une personne non binaire peut être attirée par des hommes, des femmes, les deux, personne. Les deux questions sont indépendantes, comme le rappelle le lexique.

Trois mots qui gravitent autour

  • Genderfluid : identité qui varie dans le temps, parfois d’un jour à l’autre.
  • Agenre : ne se reconnaît dans aucun genre.
  • Transgenre : terme plus large, qui désigne toute personne dont l’identité ne correspond pas au sexe assigné à la naissance. La plupart des personnes non binaires entrent dans cette définition, certaines ne s’y reconnaissent pas.

Et un mot à ne pas confondre : intersexe relève des caractéristiques sexuelles biologiques, pas de l’identité. Le sujet est traité à part, et les deux réalités sont régulièrement mélangées par des gens pressés.

Les pronoms, en pratique

En français, trois usages coexistent : « il », « elle », ou « iel » — pronom neutre entré dans l’édition en ligne du Robert en novembre 2021, décision qui avait déclenché un débat national assez disproportionné. Certaines personnes préfèrent qu’on utilise leur prénom seul, ou alternent.

La règle pratique tient en trois points. Un : si tu ne sais pas, demande, une fois, discrètement. Deux : si tu te trompes, corrige-toi en trois mots et continue la phrase — les excuses longues mettent tout le monde mal à l’aise et déplacent l’attention sur toi. Trois : l’accord des adjectifs est la vraie difficulté du français ; beaucoup de gens contournent par des tournures neutres, et c’est parfaitement acceptable.

Utiliser sciemment le mauvais pronom, ou l’ancien prénom d’une personne (son deadname), n’est pas une maladresse mais une agression. La frontière est simple : l’erreur est involontaire et se corrige, l’insistance est délibérée.

Où en est le droit français

L’état civil français ne connaît que deux sexes. La Cour de cassation l’a confirmé par un arrêt du 4 mai 2017, en refusant la mention « sexe neutre » demandée par une personne intersexe, au motif que la loi française consacre la binarité et qu’il reviendrait au législateur de la modifier. À ce jour, aucune loi ne l’a fait.

Deux démarches restent accessibles. Le changement de prénom se fait en mairie, gratuitement et sans passer par un juge, depuis la loi du 18 novembre 2016 : un prénom épicène est donc possible. Le changement de la mention du sexe, lui, se demande au tribunal judiciaire ; la même loi de 2016 l’a démédicalisé, mais il ne permet de passer que d’une case à l’autre.

Côté protection, l’identité de genre figure parmi les motifs de discrimination interdits, au travail comme ailleurs : le récapitulatif des droits détaille les textes applicables, et les thérapies dites de conversion visant l’identité de genre sont pénalisées depuis la loi du 31 janvier 2022.

Si la question te concerne

Deux choses, d’après ce que disent les concernés et les associations. La première : rien ne t’oblige à trouver tout de suite le bon mot, ni à l’annoncer. Beaucoup de gens essaient un prénom ou un pronom pendant des mois dans un cercle restreint avant de décider quoi que ce soit.

La seconde : trouve des gens. Les centres LGBTI des grandes villes ont presque tous un groupe trans et non binaire, et les associations font ce qu’un site ne fera jamais. Si le moral est mauvais, l’article sur la santé mentale donne les lignes d’écoute, dont la Ligne Azur et le 3114.

Ce qu'on me demande sur la non-binarité

Non-binaire, c'est une orientation sexuelle ?

Non, c'est une identité de genre. Une personne non binaire peut être attirée par des hommes, des femmes, les deux ou personne : les deux questions sont indépendantes l'une de l'autre.

Quel pronom employer avec une personne non binaire ?

Celui qu'elle indique : « il », « elle », « iel », ou son prénom seul. En cas de doute, demande une fois, discrètement. Si tu te trompes, corrige-toi en trois mots et poursuis : les excuses longues gênent plus qu'elles n'aident.

Peut-on être reconnu non binaire à l'état civil en France ?

Non. La Cour de cassation l'a refusé par un arrêt du 4 mai 2017, estimant que la loi française consacre la binarité et qu'il reviendrait au législateur de la changer. Le changement de prénom en mairie reste possible et gratuit depuis 2016.

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