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Sport et homosexualité : pourquoi si peu de joueurs de haut niveau sont visibles

Culture et communauté : symboles, films, villes, associations

Photo : Superraptor123, CC BY-SA 4.0

Il y a un chiffre qui résume tout le sujet. Aux Jeux olympiques récents, le décompte réalisé par la presse spécialisée recense environ 190 athlètes ouvertement LGBT, en progression constante d’une olympiade à l’autre. Dans le football professionnel masculin européen, qui emploie des milliers de joueurs, on en compte une poignée. Ce n’est pas une question de proportion dans la population : c’est une question de discipline.

Les dates qui comptent

  • 1990 — Justin Fashanu devient le premier footballeur professionnel anglais à faire son coming out dans la presse. Sa carrière s’effondre, sa famille le rejette publiquement, et il se suicide en 1998. Son histoire a pesé comme un avertissement sur toute une génération.
  • 1995 — le rugbyman australien Ian Roberts, star de la ligue, fait son coming out en pleine carrière, ce qui n’avait jamais eu lieu dans un sport de contact professionnel.
  • 2009 — Gareth Thomas, capitaine du XV du Pays de Galles, en activité. Le rugby s’en sort nettement mieux que le football sur ce dossier, et ce n’est pas un hasard.
  • 2014 — Thomas Hitzlsperger, international allemand, après sa retraite sportive. Le décalage est lui-même significatif.
  • Octobre 2021 — Josh Cavallo, Adelaide United, devient le seul joueur en activité d’un championnat de première division masculine à être ouvertement gay.
  • Février 2023 — Jakub Jankto, international tchèque, en activité également.

En France, le témoignage le plus marquant est celui d’Ouissem Belgacem, passé par le centre de formation de Toulouse, dans son livre Adieu ma honte (2021) : il y raconte précisément pourquoi il n’a pas pu, et ce que ça lui a coûté. Côté amateur, le joueur Yoann Lemaire, exclu de son club, a porté le sujet pendant des années. L’ancien international et entraîneur Olivier Rouyer a fait son coming out en 2008, à 53 ans.

Pourquoi le football, spécifiquement

Quatre raisons, et aucune n’est « les joueurs sont homophobes ».

Le vestiaire comme espace de preuve. La masculinité y est une monnaie permanente, et l’insulte homophobe y fonctionne comme rappel à l’ordre, souvent sans viser personne. C’est précisément le mécanisme que je décris dans l’article sur le langage chez les ados.

Les tribunes. Un joueur sait qu’il entendra des milliers de personnes scander quelque chose à son sujet, à chaque déplacement, pendant toute sa carrière. Aucun autre métier n’expose à ça.

L’argent. Contrats, sponsors, transferts vers des championnats de pays où l’homosexualité est pénalisée. La carrière d’un footballeur dure dix ans, et le calcul de risque est brutal.

L’absence de précédent. Dans le rugby, après Roberts et Thomas, un joueur a des modèles. Dans le football, il a Fashanu. C’est un cercle qui se referme sur lui-même.

Ce qui marche ailleurs

Les disciplines individuelles et olympiques sont très en avance : natation, plongeon, athlétisme, patinage, sports équestres. L’explication est structurelle — pas de vestiaire collectif permanent, pas de supporters organisés, et une exposition médiatique concentrée sur quelques semaines tous les quatre ans.

Les sports féminins sont, eux, dans une tout autre situation : la visibilité y est banale depuis longtemps, notamment dans le football féminin, le basket et le rugby. Le contraste entre les deux versants d’un même sport est l’argument le plus net qu’on puisse opposer à l’idée d’un problème « de nature ».

Et le sport amateur

C’est là que ça se joue vraiment pour la plupart des gens. La Fédération sportive gaie et lesbienne, créée en 1986, fédère en France des dizaines de clubs — natation, volley, rando, course, escalade, arts martiaux — ouverts à tous les niveaux. Les Gay Games, créés en 1982, et les EuroGames rassemblent des milliers de participants.

Je recommande ces clubs à tous ceux qui m’écrivent qu’ils ne connaissent personne : c’est le circuit de rencontre le plus efficace que je connaisse, et je le dis aussi dans l’article sur les rencontres hors applis. On y va pour le sport, on y reste pour les gens.

Mon avis

Les campagnes de brassards et les maillots arc-en-ciel d’une journée par an ne changent rien tant qu’un joueur sait que son club ne le protégera pas sur un transfert. Ce qui changerait quelque chose, c’est un club qui prend publiquement position avant qu’un de ses joueurs en ait besoin. Pour le reste du dossier culture : les associations, les villes, les films.

Ce qu'on me demande sur le sport

Y a-t-il des footballeurs professionnels ouvertement gays ?

Très peu en activité : l'Australien Josh Cavallo depuis octobre 2021 et le Tchèque Jakub Jankto depuis février 2023. Justin Fashanu, premier professionnel anglais à l'avoir fait en 1990, a vu sa carrière s'effondrer et s'est suicidé en 1998.

Pourquoi le football masculin est-il en retard sur les autres sports ?

À cause du vestiaire comme espace de preuve de masculinité, des tribunes, du poids économique des contrats et des transferts, et de l'absence de précédent positif. Le rugby, après Ian Roberts et Gareth Thomas, est dans une situation différente.

Où faire du sport dans un cadre LGBT friendly ?

Dans les clubs affiliés à la Fédération sportive gaie et lesbienne, créée en 1986, qui regroupe des dizaines d'associations en France — natation, volley, course, escalade, rando — ouvertes à tous les niveaux.

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