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Violettes, labrys, astrologie : les langages codés de l’histoire lesbienne

Culture et communauté : symboles, films, villes, associations

Photo : Superraptor123, CC BY-SA 4.0

Je précise d’entrée : je suis un mec gay, l’histoire lesbienne n’est pas la mienne, et j’écris cet article parce que c’est l’un des sujets les plus mal traités du web français, pas parce que j’aurais une légitimité particulière. Tout ce qui suit est vérifiable, et les historiennes citées en font un bien meilleur usage que moi.

Pourquoi des codes

Un détail d’histoire du droit explique beaucoup. En France comme dans la plupart des pays européens, la répression pénale a visé les hommes : ce sont eux qu’on arrêtait, qu’on jugeait, qu’on fichait. Les relations entre femmes étaient moins poursuivies — non par tolérance, mais parce qu’elles étaient jugées inexistantes ou négligeables. Résultat paradoxal : moins de condamnations, donc moins d’archives, donc une histoire beaucoup plus difficile à reconstituer, et une invisibilité qui a duré plus longtemps.

D’où l’importance des codes. Quand on ne peut rien nommer, on détourne.

Les violettes, 1926

Le plus documenté des codes. Il remonte à Sappho, poétesse de Lesbos au VIIe siècle avant notre ère, dont les fragments évoquent des couronnes de violettes — et dont le nom et l’île ont donné « saphique » et « lesbienne ».

Le code moderne naît avec La Prisonnière, pièce d’Édouard Bourdet créée à Paris en 1926 et jouée à Broadway la même année, où un bouquet de violettes signifie l’amour d’une femme pour une autre. Le succès est tel que des spectatrices commencent à porter des violettes au théâtre, et que la pièce est interdite à New York en 1927. Les ventes de violettes se seraient effondrées ensuite, la fleur étant devenue compromettante à offrir.

Le labrys, années 1970

La double hache minoenne est reprise par des militantes lesbiennes et féministes à partir des années 1970, en référence aux amazones et à une antiquité méditerranéenne réinterprétée. Elle apparaît sur des bijoux, des affiches, des couvertures de revues. C’est un symbole de force choisi en réaction directe à l’image de douceur assignée aux femmes.

Comme le triangle rose chez les hommes, c’est un symbole de génération : très présent dans les milieux militants des années 1970 et 1980, beaucoup moins repris depuis.

Et l’astrologie, dans tout ça

Elle occupe une place à part, et il faut distinguer deux choses.

Historiquement, les colonnes d’astrologie et les petites annonces de la presse féminine ont servi de zone grise : on pouvait y écrire des choses — une recherche d’« amitié », un « signe compatible » — qui passaient sous le radar de la censure et se lisaient autrement pour qui savait lire. C’est un usage attesté de la presse comme espace de contact, pas une mystique.

Contemporainement, l’astrologie occupe une place reconnue dans la culture lesbienne et queer en ligne, et ce n’est pas un hasard. C’est un langage de description de soi qui ne passe par aucune institution — ni médicale, ni religieuse, ni familiale — et qui propose des catégories qu’on choisit plutôt qu’on subit. Pour des personnes à qui ces institutions ont longtemps dit ce qu’elles étaient, l’attrait s’explique sans qu’il soit besoin de croire aux planètes.

Mon avis : c’est une sociologie intéressante et une astronomie nulle. Les deux affirmations peuvent coexister.

Les figures qu’on devrait connaître

  • Radclyffe Hall, dont Le Puits de solitude (1928) a été interdit au Royaume-Uni pour obscénité, et qui reste le premier roman lesbien de grande diffusion en langue anglaise.
  • Natalie Clifford Barney et le salon de la rue Jacob, à Paris, qui a réuni pendant des décennies une bonne partie de la littérature saphique européenne.
  • Colette, dont la vie et l’œuvre ont fait circuler ces sujets dans la culture française bien avant qu’on puisse les nommer.
  • Les Gouines rouges, premier groupe lesbien français, fondé à Paris en 1971.

Pourquoi cet article est sur ce site

Parce qu’un site destiné aux jeunes gays qui ignore la moitié de la communauté reproduit exactement l’invisibilité dont il est question ici. Et parce que ces codes disent quelque chose d’universel : avant les applis et les drapeaux, on se reconnaissait par des détails, comme le hanky code le faisait côté hommes.

Le reste du dossier culture : la licorne, les films, les associations, dont plusieurs archives lesbiennes et féministes qui font un travail de conservation considérable.

Ce qu'on me demande sur les symboles lesbiens

Pourquoi la violette est-elle un symbole lesbien ?

Le code remonte aux fragments de Sappho, qui évoquent des couronnes de violettes, et s'est fixé avec la pièce La Prisonnière d'Édouard Bourdet en 1926, où un bouquet de violettes signifie l'amour entre femmes.

Que représente le labrys ?

La double hache minoenne, reprise par des militantes lesbiennes et féministes à partir des années 1970 en référence aux amazones. C'est un symbole de force, choisi en réaction à l'image de douceur assignée aux femmes.

Pourquoi l'astrologie est-elle si présente dans la culture lesbienne ?

Parce qu'elle offre un langage de description de soi qui ne passe par aucune institution médicale, religieuse ou familiale, avec des catégories qu'on choisit. Historiquement, les colonnes d'astrologie ont aussi servi d'espace de contact codé.

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