PrEP : mode d’emploi complet, de la première consultation au suivi
Photo : Jorge Láscar, CC BY 2.0
La PrEP est l’outil de prévention du VIH le plus efficace dont on dispose, et c’est aussi celui autour duquel circulent le plus de fausses informations. Je m’en tiens ici à ce que disent les autorités sanitaires et les associations spécialisées. Je ne suis pas médecin : cet article explique comment fonctionne le dispositif, pas ce que tu dois prendre.
Ce que c’est, en une phrase
La prophylaxie pré-exposition est un traitement pris par une personne séronégative pour éviter de contracter le VIH. Correctement suivie, son efficacité contre le VIH est très élevée — c’est l’une des données les mieux établies de la prévention moderne. Elle ne protège d’aucune autre IST, et c’est pour cette raison que le suivi inclut des dépistages réguliers.
Qui peut la prescrire
Depuis le 1er juin 2021, n’importe quel médecin peut initier une PrEP : ton généraliste, un médecin de CeGIDD, un médecin de centre de santé. Avant cette date, il fallait passer par un service hospitalier ou un CeGIDD, ce qui constituait le principal obstacle à l’accès. Elle est remboursée à 100 % par l’assurance maladie.
Si ton médecin ne connaît pas le sujet — ça arrive encore —, un CeGIDD est le réflexe suivant : c’est leur cœur de métier, c’est gratuit et il n’y a pas de rendez-vous à obtenir des semaines à l’avance dans la plupart des centres.
Le premier rendez-vous
Il comporte trois choses. Un test VIH, obligatoire : la PrEP ne se prescrit qu’à une personne séronégative, et la prendre en étant infecté sans le savoir pose un problème de résistance au traitement. Un bilan rénal, parce que la molécule utilisée en PrEP orale se surveille de ce côté-là. Et une conversation sur tes pratiques, qui sert à choisir le schéma — elle est factuelle, pas morale, et un soignant qui la mène autrement fait mal son travail.
Prévois aussi un dépistage complet des autres IST, qui se fait au même moment.
Les deux schémas
Le schéma continu : un comprimé par jour, tous les jours. C’est le plus simple à suivre, celui qui laisse le moins de place à l’erreur, et le seul validé pour tout le monde.
Le schéma à la demande, validé chez les hommes ayant des rapports avec des hommes : une double prise avant le rapport, puis un comprimé pendant les deux jours qui suivent. Il convient aux personnes dont l’activité sexuelle est espacée et prévisible. Les modalités exactes — nombre de comprimés et délais — sont données par le médecin qui prescrit ; ce n’est pas un schéma à reconstituer depuis un article de blog, le mien compris.
L’erreur à ne pas commettre : arrêter brutalement un schéma continu sans en parler. La fin d’une PrEP se gère, elle aussi.
La PrEP injectable
Nouveauté importante : l’Apretude (cabotégravir à action prolongée) est disponible et remboursé en France depuis le 2 mars 2026, à la suite d’un arrêté publié le 26 février 2026. Il s’agit d’une injection tous les deux mois, réalisable hors de l’hôpital, notamment en CeGIDD.
Deux précisions qui comptent. D’abord, il est positionné en deuxième intention : il s’adresse d’abord aux personnes pour qui la PrEP orale ne convient pas — insuffisance rénale, intolérance, difficulté majeure d’observance. Ensuite, son prix facial est élevé, de l’ordre de 1 300 € l’injection, ce qui pèse dans les arbitrages de prescription. J’ai consacré un article entier à cette arrivée.
Le suivi
Tous les trois mois : test VIH, dépistage des autres IST, contrôle rénal selon les cas, et renouvellement. C’est contraignant, et c’est aussi le principal bénéfice secondaire du dispositif — les personnes sous PrEP sont, de loin, les mieux dépistées du pays.
La question de la confidentialité
C’est la raison numéro un pour laquelle des jeunes renoncent, et elle a une réponse simple. Si tu es rattaché à la mutuelle de tes parents et que tu ne veux rien voir apparaître sur un relevé, passe par un CeGIDD : la prise en charge y est intégrale et sans facturation, donc sans trace. Tu peux aussi demander à ton médecin de ne pas transmettre certaines informations, et tu as le droit de consulter seul dès lors que tu es majeur. Pour les mineurs, l’accès au dépistage et à la prévention en CeGIDD est également possible sans autorisation parentale.
Les deux reproches qu’on entend
« La PrEP pousse à abandonner le préservatif. » C’est un débat ancien, et la réponse honnête est : chez certains oui, ce qui explique la progression des autres IST, et c’est précisément ce que le suivi trimestriel est censé rattraper. Ce constat ne remet pas en cause l’intérêt de l’outil sur le VIH.
« C’est réservé aux gens à risque. » Le mot « risque » n’aide personne. La PrEP s’adresse à quiconque a une exposition possible et souhaite se protéger ; ce n’est ni un diagnostic ni un jugement, et la demander n’engage à rien.
Pour le reste : le dépistage, les vaccins et le dossier santé complet. Les associations spécialisées — AIDES, Sidaction, Sida Info Service — répondent aux questions pratiques mieux que n’importe quel site généraliste.
Ce qu'on me demande sur la PrEP
Qui peut prescrire la PrEP ?
N'importe quel médecin depuis le 1er juin 2021, généraliste compris, ainsi que les médecins de CeGIDD. Elle est remboursée à 100 % par l'assurance maladie. Avant cette date, l'initiation devait se faire à l'hôpital ou en CeGIDD.
La PrEP protège-t-elle des autres IST ?
Non, elle protège du VIH uniquement. C'est précisément pour cette raison que son suivi impose un dépistage complet tous les trois mois, et que le préservatif et les vaccins gardent leur intérêt.
Comment prendre la PrEP sans que mes parents le sachent ?
En passant par un CeGIDD : la prise en charge y est intégrale et sans facturation, donc sans aucune trace sur un relevé de mutuelle familiale. L'accès au dépistage et à la prévention y est possible y compris pour les mineurs.
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