Dépistage des IST : où aller, à quelle fréquence, et ce qui est gratuit
Photo : Jorge Láscar, CC BY 2.0
À 19 ans, je ne savais pas qu’un CeGIDD existait, ni que c’était gratuit, ni qu’on pouvait y aller sans carte Vitale. J’ai mis deux ans à faire mon premier test. Le dispositif français a beaucoup changé depuis, et il est aujourd’hui l’un des plus accessibles d’Europe — à condition de savoir ce qui existe. Je ne suis pas médecin : tout ce qui suit renvoie à des dispositifs officiels.
Les quatre portes d’entrée
1. Le laboratoire de ville, avec « Mon Test IST ». Lancé le 1er septembre 2024, ce dispositif remplace l’ancien « VIH Test ». Tu entres dans n’importe quel laboratoire de biologie médicale, sans ordonnance, tu remplis un auto-questionnaire qui détermine les tests pertinents, et tu fais la prise de sang. Sont couverts le VIH, la syphilis, l’hépatite B, la chlamydia et le gonocoque. C’est gratuit avant 26 ans ; au-delà, la prise en charge est de 60 % par l’assurance maladie, le reste par la mutuelle. Le dépistage du VIH, lui, reste gratuit à tout âge.
2. Le CeGIDD — centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic. Gratuit, anonyme si tu le souhaites, accessible avec ou sans sécurité sociale, et sans avance de frais. Ils font le dépistage complet, les vaccinations, la PrEP, et la consultation avec. C’est l’option à retenir si tu es sur la mutuelle de tes parents et que tu ne veux rien voir apparaître sur un relevé : au CeGIDD, il n’y a aucune trace comptable.
3. Les kits d’auto-prélèvement gratuits pour la chlamydia et le gonocoque, commandés en ligne sur le site de l’assurance maladie et reçus chez soi. Ouverts aux femmes de 18 à 25 ans depuis le 1er juillet 2025, puis aux hommes de 18 à 25 ans ainsi qu’aux personnes trans et non binaires depuis le 29 mai 2026.
4. L’autotest VIH en pharmacie, sans ordonnance, pour une dizaine d’euros. Pratique pour un dépistage immédiat ; attention à la fenêtre : il ne détecte une infection que douze semaines après l’exposition. Un test en laboratoire la ramène à six semaines.
À quelle fréquence
Les recommandations françaises pour les hommes ayant des rapports avec des hommes tournent autour d’un dépistage tous les trois mois en cas de partenaires multiples, et d’au moins une fois par an sinon. Sous PrEP, la question ne se pose pas : le suivi impose de toute façon un rythme trimestriel.
Et dans trois situations, on ne respecte pas le calendrier, on y va tout de suite : symptôme — écoulement, brûlure, lésion, éruption —, partenaire qui prévient d’un résultat positif, ou rupture de préservatif.
Le cas de l’urgence : le TPE
C’est l’information la plus importante de cet article. Après une exposition à risque au VIH, il existe un traitement post-exposition : un mois de trithérapie qui réduit fortement le risque de contamination. Il doit être démarré le plus tôt possible, idéalement dans les 4 heures, et au plus tard 48 à 72 heures après l’exposition.
Où : aux urgences de n’importe quel hôpital, à toute heure, ou en CeGIDD aux heures d’ouverture. C’est gratuit. Tu n’as pas besoin d’être sûr, tu n’as pas besoin d’explication élaborée, et personne ne te jugera : c’est une consultation parfaitement banale pour eux. Passé 72 heures, ce n’est plus possible — d’où l’urgence.
Ce qu’on cherche, concrètement
« Dépistage complet » ne veut pas dire la même chose partout. Pour un homme ayant des rapports avec des hommes, un bilan pertinent comprend en général : VIH, syphilis, hépatites B et C par prise de sang, et chlamydia et gonocoque par prélèvement — et c’est là le point que les gens ratent, parce qu’un prélèvement urinaire seul passe à côté des infections pharyngées et anales, qui sont les plus fréquentes et le plus souvent asymptomatiques. Demande explicitement les trois sites. En CeGIDD, c’est systématique ; en laboratoire, il faut parfois le préciser.
Et si c’est positif
La très grande majorité des IST bactériennes — chlamydia, gonocoque, syphilis — se soignent par antibiotiques, souvent en une prise ou quelques jours. Le VIH se traite aujourd’hui par un comprimé par jour, avec une charge virale indétectable qui rend la transmission impossible : c’est le principe « indétectable = intransmissible », établi scientifiquement et reconnu par les autorités de santé.
Prévenir ses partenaires récents fait partie du traitement : c’est désagréable, c’est ce qui casse la chaîne, et les CeGIDD proposent de le faire à ta place, de façon anonyme, si tu préfères.
Les gestes de prévention, en trois lignes
Les préservatifs sont gratuits en pharmacie pour les moins de 26 ans depuis le 1er janvier 2023, sans ordonnance. La PrEP protège du VIH et de rien d’autre, ce qui est exactement la raison pour laquelle son suivi inclut des dépistages réguliers. Et les vaccins — HPV, hépatites A et B, mpox — couvrent ce que ni l’un ni l’autre ne couvre.
Le reste du dossier santé est ici. Et si le sujet te pèse plus que de raison, l’article sur la santé mentale aborde l’anxiété liée au dépistage, qui est une chose réelle et très répandue.
Ce qu'on me demande sur le dépistage
Le dépistage des IST est-il gratuit en France ?
Oui avant 26 ans, avec « Mon Test IST » en laboratoire sans ordonnance depuis le 1er septembre 2024 : VIH, syphilis, hépatite B, chlamydia et gonocoque. Au-delà de 26 ans, la prise en charge est de 60 %, et le test VIH reste gratuit à tout âge.
Où se faire dépister anonymement ?
En CeGIDD, centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic : gratuit, anonyme si tu le souhaites, avec ou sans sécurité sociale, et sans aucune trace sur un relevé de mutuelle. Ils font aussi les vaccinations et la PrEP.
Que faire après une prise de risque au VIH ?
Se rendre aux urgences d'un hôpital ou en CeGIDD pour un traitement post-exposition (TPE), le plus tôt possible et au plus tard 48 à 72 heures après. C'est gratuit, et au-delà de ce délai ce n'est plus possible.
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